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Archives des articles - 2009 Education aux médias : des technologies intégrées à l’école… ou une école intégrée aux nouvelles technologies ? De nos jours, Internet constitue le grand rival éducatif de l’école. Mais « rival » est-il réellement le mot qui convient ? Lorsqu’on regarde vivre les jeunes, on est frappé par le plaisir qu’ils prennent à utiliser les nouvelles technologies, tant pour communiquer que pour chercher des informations et s’y distraire. Comparativement, il est assez rare que l’école déclenche chez eux une telle passion, et si c’est le cas, c’est généralement proportionnel à la latitude qu’ils ont à s’y exprimer : l’art, la musique, l’expression écrite et l’éducation physique sont de bons candidats au plaisir. Une recherche Canadienne toujours en cours du Canadian Education Association, intitulée « What did you do in school today ? », révèle que l’engagement intellectuel des élèves décline brutalement chez les enfants de 6ème, 7ème et 8ème année, et, dans une moindre mesure, dans les années qui suivent.[1] Pourquoi les jeunes, qui passent des heures à faire des recherches personnelles sur Internet, se désintéressent-ils de manière chronique des enseignements fondamentaux que l’école cherche à grands frais à leur inculquer ? Sur de nombreux point, le Web offre un contexte d’apprentissage opposé à celui de l’école traditionnelle : on le visite volontairement, tout d’abord, au gré de ses questionnements et de ses intérêts ; l’éducation y est donc centrée sur l’apprenant, elle est décidée et dirigée par lui. Internet, c’est aussi un contenu rendu d’autant plus pertinent qu’il se redéfinit constamment en fonction de l’actualité : c’est un prolongement de la réalité, et les projets communautaires, de plus en plus nombreux, y sont concrets et dynamiques. Enfin, sur le Web on jouit d’un anonymat qui influe grandement sur la teneur des échanges. À la fois confessionnal et porte-voix, Internet permet un nouveau type de communication fondé sur une socialisation médiatisée par la technologie. L’école fait des efforts considérables pour intégrer les nouvelles technologies à la classe, la première des tâches étant d’équiper les lieux eux-mêmes : ordinateurs en réseau, logiciels scolaires et de bureau, accès Internet. L’étape suivante est d’inciter les enseignants à utiliser les technologies, en lien avec le programme scolaire. Double défi :
Diane Whiting une enseignante en éducation à la santé, a décidé d’aborder le programme sur les stéréotypes corporels dans Teen Second Life : grâce à la manipulation de l’image corporelle via les avatars et à la médiation du tchat, « (l)’ambiance de la classe changea de façon radicale, se souvient l’enseignante. Les élèves commencèrent à avoir des conversations qui ne se passent habituellement pas en classe. »[3] – Ça, c’est pour le côté confessionnal du Web. Jon Beasley-Murray, professeur de littérature latino-américaine à l’Université de la Colombie Britannique, a installé quant à lui ses quartiers dans Wikipédia, mettant ses étudiants au défi d’améliorer, ou même de créer des articles sur son sujet, avec pour but qu’ils obtiennent tous le label « Article de Qualité » dans le temps imparti du semestre universitaire.[4] – Ça, c’est pour le côté porte-voix. Dans les deux cas, le grand « plus » est que cet enseignement va avoir un impact direct et concret sur la vie de ces jeunes, en donnant au jeune l'idée que même dans l’antichambre que constitue l’école, il a son mot à dire au monde, et une place à y prendre. Pour qu’ultimement chaque jeune puisse prendre part à la construction idéologique et physique de son propre monde, il est nécessaire, en tant qu’éducateur, de mener une réflexion parallèle sur la panoplie de nouvelles compétences dont l’élève doit désormais être outillé. Et la première de ces compétences est l’esprit critique : Internet, média de toutes les expressions, héberge les idées les plus novatrices et les plus humanistes, comme les rumeurs les plus absurdes et les propos les plus racistes. Il s’agit donc, lorsqu’on travaille avec les nouvelles technologies, de développer une réflexion sur ces technologies elles-mêmes : déconstruire les différentes plateformes pour en analyser les forces et les faiblesses. Et reconstruire, s’approprier la technologie en y mettant son propre contenu, afin de partager ses perspectives personnelles : un acte de communication et de créativité qui témoignera concrètement de l’exercice d’un esprit critique. Mais attention : qui dit esprit critique dit possibilité de l’appliquer à tous les domaines – et à l’école, le programme scolaire risque de ne pas être l’un des moindres : « Madame, pourquoi notre cours d’économie ne parle-t-il pas de modèles alternatifs comme la décroissance [5]? » « Pourquoi n’avons-nous jamais étudié aucune femme compositrice, dans le cours de musique ou dans la classe d’orchestre [6]? » Alors que nous nous apprêtons à dresser les contours de nouvelles littératies pour le 21ème siècle, prenons-nous donc à rêver que notre réussite en tant qu’enseignant/e/s sera mesurée à l'aune des questions embarrassantes que nos élèves nous poseront !
************************************** Le Réseau Éducation-Médias (le Réseau) est un organisme canadien sans but lucratif, reconnu pour son expertise en éducation aux médias. Il a pour objectif de veiller à ce que les enfants et les jeunes acquièrent l’esprit critique et les outils nécessaires pour comprendre les médias et s’en servir judicieusement. Les programmes du Réseau sont financés par des parrains, donateurs et partenaires des secteurs public et privé, dont CTVglobemedia • Canwest • TELUS • L’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet • CTV • l’Office national du film du Canada • le gouvernement du Canada.
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